RETOUR A L ACCUEIL                               Les Jardins de la Reine (Cuba)

            retour au sommaire

Les distances de navigation à Cuba sont beaucoup plus grandes qu'aux petites Antilles, nous naviguons une vingtaine d’heures pour rallier l’archipel des Jardins de la Reine depuis celui des Canarreos. Un grand bond de 100 milles qui se fait au moteur car cette zone du Sud est très souvent déventée.

carte

En fin d’après-midi, le 9 février 2012, nous atterrissons près de l’îlet de mangrove de Zaza de Fuera. Nous sommes au nord de la zone des Jardins de la Reine, elle-même partagée entre le Golfo de Ana-maria et le Golfo de Guacanayabo. Au total près de 250 kms dont les deux tiers sont parés par une grande barrière de corail presque continue qui nous permet de passer d’un côté à l’autre par seulement deux passes. Il faut choisir entre les Cayos de l’intérieur, bien protégés mais en majorité formés de mangrove et la face extérieure de la barrière, dont les fonds sont fort beaux, mais qui ne présente aucune protection en cas de coup de vent. Zaza de fuera, abri fréquenté par les pêcheurs cubains ne retient pas longtemps notre attention : l’eau y est trouble et il est impossible de débarquer sur l’île cerclée de palétuviers. Le matin du 10 février, en quittant le mouillage, un langoustier nous propose des crustacés en échange d’une boite de tomates. Nous déclinons la proposition car le frigo renferme encore nos dernières victimes de Guano del Este. Les pêcheurs repartent quand même contents avec une boite de tomates entières pelées « Leader price » à bord de leur gros navire en Ferro ciment des années 1970. Non loin est ancré un autre bateau fait sur le même moule, il est plus récent et construit en plastique. Les noms de ces bateaux de coopératives de pêche sont très originaux : Ferrocemento n°212 et Plastico n°342 !

FERRO     PLASTICO

La saison dure 9 mois pendant lesquels l’équipage de 7 ou 8 hommes alterne les périodes de trois semaines de vie à bord et de repos. Chaque jour, la cargaison de langoustes vivantes est transbordée sur un bateau de transport qui ramène les crustacés à la coopérative, sur la côte, où elles sont conditionnées pour l’exportation. Chaque tonne de langouste est achetée aux pêcheurs une centaine d’Euros par l’Etat. Celui-ci empoche ensuite le bénéfice de l’exportation !!!
La vente directe ou le troc sont évidemment illégaux…
La pêche à la traîne derrière le voilier est par contre autorisée et nous ramène une belle carangue.

CARANGUE

Le soir, Galinette s’arrête entre la barrière de corail et le Cayo Alcatracito (le petit Alcatraz). Bien qu’il soit tard, la clarté de l’eau nous surprend et il nous tarde tous le lendemain pour profiter de ce lieu. Le coucher de soleil est lui aussi à la hauteur de nos espérances car il nous permet de voir pour la première fois le fameux « rayon vert », phénomène optique qui donne des reflets verts aux derniers rayons de l’astre, au moment où celui-ci plonge dans l’océan.

Le snorkeling sur la barrière est à couper le souffle ; la faune est très riche, des lambis rampent dans tous les sens et de monstrueux barracudas rôdent (ils sont réputés toxiques ici).

A la fin de la séance, Sandra et les enfants rentrent en annexe alors que Flo revient au bateau à la palme, fusil en main. Sur le parcours, plusieurs langoustes rendent l’âme… Simultanément, une barque approche du voilier et ses occupants proposent à Sandra… des langoustes. Ils expliquent qu’ils ne veulent pas d’argent mais plutôt des vêtements car, à Cuba, ils sont très difficiles à trouver et très chers, surtout ceux pour enfants. Nous avons à bord un sac d’habits publicitaires et de vêtements trop petits. Une partie de ces «  fripes » est rapidement troquée. Les pêcheurs s’en vont, Florent arrive et le cockpit déborde à nouveau !!!

ALCATRACITO  ALCATRACITO  ALCATRACITO

Il faut trouver de nouvelles recettes pour changer de la traditionnelle langouste mayonnaise. Certaines finiront ce coup-ci en conserves, mais c’est expérimental !

Deux jours plus tard, le vent vire à l’ouest, puis au nord. Notre mouillage n’est plus du tout protégé et il faut aller s’abriter rapidement. On emprunte la passe dans le récif et 20 milles plus loin, on se retrouve à Cayo Cuervo.

CUERVO

Cet abri est bien connu des locaux et une dizaine de crevettiers sont déjà là à notre arrivée. Nous subissons le front froid venu du nord durant deux jours, bien protégés dans la mangrove. Un bateau de l’institut hydrographique vient échanger des camarones contre de l’huile de cuisine ; des crevettes, cela change un peu de la langouste…

CAMARONES

Le temps est gris et froid, chacun s’occupe comme il peut après la traditionnelle séance scolaire du matin. Lilian tente d’extraire des lambis de leurs coquilles, mais le marteau est encore un peu lourd pour lui. Sandra et Elsa reprennent les canevas, les perles ressortent des placards.

CREVETTIERS  CANEVAS  PERLES  LAMBIS

Une fois le beau temps revenu, nous profitons un peu de la langue de sable qui marque l’entrée du mouillage et partons vers l’est, à Cayo Algodon.

CUERVO

La face nord de cette île a dû, jadis, abriter un centre de vacance ou un hôtel, il n’en reste que les ruines mais l’emplacement est extraordinaire. La mer se confond avec le ciel, le sable est fin comme du talc, quelques arbres offrent une ombre bienfaisante aux quatre habitants temporaires. Un endroit idéal pour un pique-nique avec ce qui nous reste de charcuterie dans les cales et du pain fait maison.

Les enfants s’éclatent et on décide de revenir le lendemain midi pour tenter une expérience « Koh-Lanta ». L’objectif sera de faire un feu et de griller ce que l’on trouvera pour se nourrir…
Elsa et Lilian sont désignés chefs du feu, Sandra surveille les deux chefs et Florent fait office de chasseur (ce n’est pas la tache la plus ardue dans ce pays) !

PLAGE  PLAGE  PLAGE  PLAGE

La mission est remplie, nos estomacs aussi…
La tribu des langoustes est la seule à se plaindre, ce n'était pas son jour...
Un instant de pur bonheur qui nous rappelle la chance que nous avons d’être ici !

ALGODON

Il faut malheureusement songer à se rapprocher rapidement d’une ville car nos visas vont bientôt expirer. De plus, comme le vent nous fait défaut dans ce coin, il faut se mettre à la recherche d’une station service. Le guide nautique que nous utilisons (Nigel Calder) indique une ville moyenne, Santa Cruz del Sur, à environ 100 kms. Nous partons vers ce port le 21 février en empruntant le canal du Pingue qui slalome dans l’eau verdâtre entre les bancs de sables et nous amène au fin fond de golfe de Guacanayabo. Alors que nous allons ancrer devant la ville, les « tropas guardafronteras » nous appellent par radio VHF. Nous leur exposons les raisons de notre venue (visas, gasoil) mais ils ne veulent rien entendre et nous imposent de partir en rétorquant que les touristes et les voiliers n’ont rien à faire ici, sympa ! Le port de Manzanillo est l’alternative la plus proche mais il faut encore parcourir plus de 60 milles vers le sud… Sans vent et pratiquement plus de gasoil… Si nous rallions cette ville, cela en sera fini de l’exploration des Jardins de la Reine car il faudrait rebrousser chemin sur une trop grande distance.

Nous dormons au Cayo Média Luna sur le trajet et mettons le cap vers le sud, attentifs au moindre souffle de vent.

HAUT DE PAGE