RETOUR A L ACCUEIL               Autour de la Sierra Maestra (Cuba) 2012

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coucher

Le 23 février, juste au coucher du soleil, Galinette arrive enfin à proximité de Manzanillo. Nous jetons l’ancre à 5 milles de la ville, bien protégés par la caleta Honda ; nous dormirons ici et irons négocier demain avec les officiels. Dès le lever du jour, nous tentons de contacter la guarda par radio. Comme nous n’avons aucune réponse, nous nous rendons à ce que le guide de navigation identifie comme leur quai, au sud de la ville. Il s’agit d’un gros port de pêche pour crevettiers. L’accueil est froid, voire glacial ! Plusieurs pêcheurs sont sur le quai, nous faisant signe de partir sans décrocher un mot ! Certains nous font signe qu’il leur est interdit de parler aux étrangers… Quand Florent tente d’expliquer les raisons de notre venue ici ils nous font signe, toujours sans mot dire que les « tropas guardafronteras » ont déplacé leur caserne à 5 km d’ici, au centre ville. Nous repartons alors vers le lieu indiqué, et ancrons, au hasard, devant un quai qui avance sur la mer, très au large car il n’y a pas de fond. Flo met le dinghy à l’eau et part à la rencontre des militaires. Au bout de 20 minutes de recherche, il aperçoit des hommes en uniformes qui gesticulent au bas d’un talus. Il leur explique que nous sommes ici pour faire le plein de gasoil, d’eau et renouveler nos visas. Mauvaise nouvelle, ce port n’est plus équipé du quai à carburant et l’inspecteur n’a pas l’air ravi de notre présence ; celui-ci demande de monter sur le voiler afin de contrôler qu’il n’y a pas de clandestin et que nos documents sont en règle. Une fois à bord il se détend un peu et nous autorise gracieusement à rester ici le temps de trouver du carburant, en précisant que ce sera difficile ! Il nous indique aussi qu’un pêcheur retraité, Roberto, s’occupe en général de surveiller les dinghies des plaisanciers égarés par ici et qu’il peut aussi nous trouver de l’eau. En ramenant le garde-côtes sur la plage (dans son uniforme blanc bien trempé par les vagues), Florent est attendu par un vétérinaire et un ingénieur de la quarantaine végétale ; ils souhaitent inspecter le navire pour s’assurer qu’il n’y a pas de produits avariés… Nouvelle inspection (gratuite) qui se solde quand même par une information intéressante : l’ingénieur possède une voiture et peut nous aider à récupérer du gasoil  chez CUPET (Cuba Petroléo) cet après-midi. En effet, comme il ne croule pas sous les inspections de navires (environ 3 par mois), il arrondit ses fins de mois en faisant le taxi. Cela nous arrange bien et le soir même le plein est fait !
Roberto, la soixantaine passée, est fort sympathique lui aussi et nous indique le marché, les restaurants, surveille notre annexe, nous montre en cachette (c’est fortement interdit) comment il piège les crevettes avec son épervier, tout cela pour quelques dollars. Nous les lui donnons volontiers car ils lui sont très utiles : il est en invalidité et touche moins de 7€ de pension par mois pour vivre, lui et son épouse ! Ses collègues du club de pêche viennent peu à peu nous parler, nous poser des questions. Ils nous aident même pour notre corvée d’eau car il faut à plusieurs reprises remplir un bidon de 60 litres dans la citerne commune de l’autre côté de l’avenue, descendre ensuite 15 marches avant d’arriver à l’annexe pour embarquer le lourd fardeau. Ils s’arrêtent là car il leur est absolument interdit d’approcher du voilier ; ils semblent tous terrorisés par la sanction encourue… Les plus téméraires osent juste un petit coucou de la main lorsqu’ils rament à proximité.

MOUILLAGE  MOUILLAGE2  MOUILLAGE3  MOUILLAGE4

En ville pourtant, les gens nous parlent sans retenue, sont très gentils et cultivés. La ville elle-même est accueillante, propre, formée de larges avenues  perpendiculaires que sillonnent des voitures à cheval. Le marché est assez bien fourni en légumes dont le prix nous paraît dérisoire. De multiples échoppes proposent des glaces, des gâteaux, des œufs, vendus sur le pas de la porte.

MARCHE  ROBERTO  MANZANILLO  GLACES

Tous les midis, nous mangeons au Club à proximité de notre mouillage, fréquenté par des cubains « aisés », il propose de bons plats à 2 CUC (1,5 €) et de la bière Bucanero Pression ! Ensuite, nous allons au parque infantil à proximité : Elsa dessine le lion un peu à l’étroit dans sa cage et Lilian enchaîne les tours de carrousels sans s’arrêter (4 centimes d’Euro le tour). Plein de gamins s’amusent ici, engloutissent des Barbe-à-papa et des Granizados,  les gens semblent très heureux.

PARQUE PARQUE PARQUE PARQUE PARQUE

Au bout de quatre jours, nous quittons cette ville que l’on a vraiment appréciée, sans visas car le chef du bureau de l’immigration est absent, mais les subordonnés disent que ce n’est pas grave… En revanche, le garde-cotes revient  inspecter le voilier avant notre départ ; nous avons du mal à comprendre le sens de ces formalités.

VISITE  VISITE  VISITE

Nous partons de nuit pour bénéficier des vents de terre liés aux différences de températures entre la mer et la côte montagneuse (la Sierra Maestra). Nous comptons utiliser cette technique jusqu’à Santiago de Cuba car le jour, au contraire, les alizés sont augmentés par ce phénomène et la mer est très agitée.
Le 1er mars, nous sommes au Cabo Cruz et l’on rencontre le voilier Maloya (Annabel, Hervé, Thaïs et Inaya). Les Guardafronteras leur ont interdit de débarquer mais ont autorisé le mouillage. Nous passons la journée en leur compagnie, malheureusement ils vont vers l’ouest et nous vers l’est : nos routes ne font que se croiser…

CARTE   CABO CRUZ

La nuit suivante, sans vent, on se déplace jusqu’à Maréa del Portillo,  un petit village de pêcheurs protégé par une lagune et de grandes falaises. Vers 10 heures, alors que l’on tente de dormir un peu et que les enfants regardent un dessin animé, un militaire transporté par un pêcheur réquisitionné (Wilfredo) nous aborde… Papiers, despacho, inspection, etc. On commence à connaître la musique ! Il nous autorise à passer la journée ici et reviendra le soir pour nous rendre notre permis de navigation… Rendez-vous à 17 heures chez Wilfredo et Josefina. Le village est bien tenu mais semble assez pauvre, hormis quelques familles qui ont bénéficié de l’aide d’étrangers. C’est ce que nous explique Odélie dans sa maison en béton proche de la plage. Un cyclone avait rasé sa case mais un canadien, en vacances dans l’hôtel de l’autre coté de la baie lui a donné des fonds pour la reconstruire en dur ! Le voilier New-life que nous avions côtoyé en 2009 leur a également payé une pompe électrique, il y a quelques années, pour arroser le potager. Odélie et son mari nous offrent de bon cœur un régime de bananes, des mangues, des colliers et des bracelets de graines… Quand nous lui proposons de payer nos fruits, elle nous dit qu’elle ne veut pas d’argent mais qu’elle a du mal à trouver des habits pour enfants ; ça tombe bien, il nous en reste qui sont trop petits à Elsa et Lilian. Pleins d’animaux courent dans les ruelles de la ville car chaque famille possède plusieurs poules, chèvres et cochons.

marea MAREA ODELIE JOSEFINA WILFREDO

Les enfants nourrissent ceux de Wilfredo et Josefina avec leur neveu pendant que l’on attend le Guardafrontera. Ils nous offrent un café dans leur petite maison bien tenue et nous discutons une bonne heure, ils sont pêcheurs tous les deux et transportent occasionnellement les officiels vers les voiliers dans leur barque à rames. Avec leur voisine qui a des enfants en bas âge, ils nous offrent 4 pommes de terre (produit rare en cette saison), du fromage, du salami contre nos derniers vêtements d’occasion. Après la visite habituelle de contrôle, nous partons pour un petit lagon à 50 milles vers l’est. C’est la distance maximale que l’on arrive à couvrir en une nuit avant que les alizés ne nous arrêtent. Au lever du jour nous jetons l’ancre dans 2,20m d’eau devant un beau restaurant en travaux, sous un hôtel luxueux, au centre du village de Chivirico. Ici, pas de contrôle, les gens sont agréables et nous récoltons plein de belles graines lors de notre ballade sur les sentiers dans l’après midi.

CHIRIVICO   CHIVIRICO   CHIVIRICO

Départ nocturne à nouveau pour Santiago de Cuba, seconde ville du pays, qui doit être notre dernière escale cubaine. L’entrée du profond chenal est impressionnante, gardée par le fort San Pedro del Morro du XVIIeme siècle, elle laisse peu à peu apparaître les villas sur pilotis qui devaient être magnifiques du temps où Cuba était prospère.

SANTIAGO

Plus loin, la marina, dominée par une raffinerie qui laisse quelques postillons jaunâtres incrustés sur le pont des voiliers… Cette marina est le fief de toute la panoplie des « officiales » plus un, inédit : King le chien labrador noir anti-drogue. Il renifle mollement tout l’intérieur de Galinette, reçoit des centaines de caresses des enfants, avant d’être raccompagné à son bureau. Nous devons rapidement aller en ville pour renouveler nos visas. Dès que l’on franchit les grilles du port, plusieurs cubains nous accostent. Ils n’ont pas le droit d’y entrer et guettent les équipages depuis la terrasse qui surplombe les quais pour proposer leurs services ou demander de l’argent, des vêtements, du savon… Pedro, un peu collant, peut vendre du rhum, des cigares, et tout ce que l’on veut ; il nous entraîne chez lui, nous dit qu’il veut être notre ami, que l’on doit venir manger chez lui le lendemain… Nous lui commandons du sucre et du fromage pour s’en détacher. Un Taxi plus ou moins officiel, « Omar » nous conduit au bureau central d’immigration. Les visas périmés depuis plus de 7 jours n’affolent pas du tout la responsable du bureau, elle nous envoie chercher les timbres fiscaux à l’autre bout de la ville et prolonge nos autorisations de séjour sans infliger d’amende, ouf!

PLACE  PLACE  PLACE

La ville regorge de beaux monuments mais peu sont en état. Autour du parc Cespedes, nous visitons la maison la plus ancienne du pays qui date de 1522. C’était celle de Diego Velázquez, compagnon de Christophe Colomb et premier gouverneur de l’île, elle est fort bien restaurée et offre une vue imprenable (derrière les jalousies) sur le parc, la mairie et la cathédrale.

VELAZQUEZ VELAZQUEZ VELAZQUEZ VELAZQUEZ VELAZQUEZ

Plusieurs taxis et transports divers attendent le touriste autour de cette place. Nous rentrerons au bateau en Chevrolet Bel Air des années 50.

TAXI TAXI TAXI VELO

La marina est en travaux et la seule place qui restait pour nous est sur le quai en réfection, juste à coté des tas de graviers et de la bétonnière. Les ouvriers y travaillent le matin et s’arrêtent vers midi, faute de matériaux. Nous devons partager avec eux le seul robinet d’eau du quai, ainsi qu’avec les autres voiliers. C’est d’ailleurs ainsi que nous faisons la connaissance du voilier Maha-Papou. Nous passons quelques heures à couple, le temps de remplir leurs réservoirs d’eau. Durant tout l’après midi, les 4 enfants squattent un bateau et les 5 adultes le second. Manue, Philippe et leurs 2 garçons Enoha et Témoé sont partis de l’Hérault comme nous. Nous passons un bon moment ensemble, ainsi qu’avec leur vacancière, Françoise qui travaille à Montpellier. Rendez-vous est pris pour cet été en méditerranée car, pour l’heure, ils arrivent à Cuba tandis que nous en partons.

MARINA  MARINA  MARINA  MARINA

Le 8 mars nous revenons en ville avec Omar afin de poursuivre la visite de la ville et de faire le plein de produits frais. Nous passons devant la caserne de Moncada, lieu historique qui a marqué le début de la révolution Castriste. Ce bâtiment, qui est aujourd’hui une école, porte encore les impacts de balles de 1953. Nous allons ensuite place de la Révolution, en effervescence car le Pape doit venir célébrer une messe dans trois semaines. De nombreux employés travaillent sans relâche pour préparer son podium ou refaire les routes que le Saint Père doit emprunter !

MONCADA  PAPE  PAPE

Nous tentons une incursion chez ETECSA, l’agence de communication d’état. Pour 6 CUC de l’heure, c’est le seul moyen d’accès à Internet, via leurs ordinateurs. Le débit de la connexion et les filtres de censure sont catastrophiques, difficile d’envoyer des photos ou de mettre à jour le site, les familles et les lecteurs attendront. On tente de relever nos e-mails et de répondre aux plus urgents, pas de superflu. Nous passons chez le boulanger dont la fournée de petits pains est très appétissante puis par le marché aux légumes, bien achalandé, afin de dépenser nos derniers pesos cubains.

MARCHE  MARCHE  ETECSA

Avant de quitter la ville, Florent, plutôt mal rasé depuis le début du voyage, accepte un passage chez le barbier, Lilian en profite pour se faire couper les cheveux en même temps, Sandra se fait faire un masque rafraîchissant et Elsa refuse qu’on la touche…

COIFFEUR COIFFEUR

De retour au port en fin d’après midi, nous demandons aux autorités le Zarpe international, la clé qui nous ouvre les portes du pays vers la suite du voyage et, surprise, ils refusent de nous laisser partir car la nuit va tomber ! C’est justement ce que nous attendions car le vent est plus faible la nuit… rien à faire, le petit chef des guardafronteras ne se laissera pas convaincre ! Nous sommes consignés à quai jusqu’au lendemain matin



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