RETOUR A L ACCUEIL                               L'île à vaches (Haiti) 2012

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Deux jours de navigation sont nécessaires pour rallier Hispaniola (l’île est partagée en deux pays, Haïti et la République Dominicaine). Après une consultation minutieuse de la météo, nous partons de Santiago de Cuba le vendredi 9 mars au matin, les gardes-frontières ayant refusé de nous laisser partir la nuit, suite à l’échouage récent d’un voilier dans le chenal de sortie du port. C’est un peu mécontents que nous quittons Cuba vers 8h30, ne pouvant profiter des vents catabatiques, (qui viennent du nord durant la nuit et du sud pendant la journée). Vers midi, le vent de sud se lève à 15 nœuds, amenant des vagues de côté de trois mètres. Les premières 24 heures sont assez musclées puisque nous subissons la houle et les vents du Windward Passage entre Cuba et Haïti, l’océan Atlantique se jetant dans la mer des Caraïbes par ce canal. Sa réputation de passage toujours agité s’avère juste : grosse houle et 2 nœuds de courant latéral malgré notre trajectoire très sud.
Au bout de 24 heures, la mer s’assagit, à l’abri d’Haïti. De nuit, nous longeons ses côtes sud-ouest, très montagneuses où l’on ne discerne que quelques lumières blafardes ça et là. Aucun bateau, aucun signe de vie… Nous passons notre chemin, une appréhension inconsciente nous gagne aux abords de ce pays troublé depuis tant d’années...
Nous devions aller aux îles britanniques Turk & Caïcos, situées au nord de Cuba mais, après la lecture du guide américain téléchargeable de F.Virginito, il nous est apparu plus judicieux de passer par le sud d’Haïti et de la République Dominicaine, parés des vents d’Est, pour faciliter notre progression vers Saint-Martin. La stratégie de la fenêtre météo s’impose : choisir le temps le plus calme possible afin d’atténuer la force des alizés d’Est, des vagues et du courant qui les accompagnent ; choisissant une progression au moteur plutôt qu’une lutte à la voile contre ces trois éléments réunis.
Au petit matin, le niveau de carburant est bas, il ne nous permettra pas d’atteindre la République Dominicaine.


nuit

L’île à vaches, petite île au sud d’Haïti est le seul endroit recommandé pour les plaisanciers. Galinette slalome entre les barques à voile des pêcheurs haïtiens, appelées « bois-fouillé ». Le mouillage est en vue : cinq voiliers sont ancrés. Cela nous rassure ! En revanche, les cinq pirogues qui s’accrochent à la coque de Galinette alors que nous ne sommes pas encore ancrés ne nous tranquillisent guère ! Ils nous proposent leurs services : guides, lessives, bananes… Nous leur expliquons que nous n’avons pas dormi et qu’ils doivent revenir dans l’après-midi. Nous nous réfugions à l’intérieur du voilier en les surveillant. Certains restent accrochés pendant 10 minutes encore… Nous rangeons le pont et cachons tout ce qui peut être tentant pour ces gens qui n’ont pas grand-chose.

Le premier à revenir se prénomme Kiki, il propose de nous conduire le lendemain matin au marché de Madame Bernard qui a lieu deux fois par semaine. Le second, Kama nous propose du gasoil. Nous lui confions nos trois jerricanes et 90 $US. Enfin, nous donnons notre linge à Doudou et Wilma ; deux gros sacs pour 10$US.
Le mouillage est fort bien protégé, encerclé de paysages fabuleux où plages et falaises de calcaire blanc nous enchantent ! L’eau claire permet à nouveau les baignades autour du bateau.

MOUILLAGE

Nous descendons à terre. Alors que nous pensions être assailli, tout le monde nous salue puis nous ignore. Le village est composé de quelques cases en dur, à la base évasée et aux toits de chaume ou de tôle. Cette île n’a ni eau courante ni électricité. Des pompes manuelles sont installées tous les deux kilomètres et les femmes font des allers-retours bassines et pichets sur la tête. Les enfants sont très nombreux : les grands sortent de l’école en uniformes tandis que les plus petits sont tout nus et nous courent après, ils ressemblent à Kirikou et sont aussi rapides…Aucune route, pas de voitures, uniquement quelques sentiers qui traversent l’île. Des chevaux ou des ânes transportent les plus âgés et les charges lourdes.

ANE   ENFANT

 Nos chaussures restent collées dans la glaise de ces chemins vraiment très boueux à cause de la pluie qui tombe chaque nuit. Nous les empruntons pieds nus ; finalement, c’est agréable!

pieds  PIEDS  PIEDS

Les paysages sont époustouflants ! La nature est restée sauvage et préservée. La population très accueillante nous salue : Bonjou ! Bonsoi ! La langue officielle est le créole. C’est à l’école, au niveau équivalent à la 6ème que les enfants apprennent le français. Puis, plus tard l’anglais. Seulement 20% parlent français et 5% anglais. L’école est payante est certains enfants ne sont jamais scolarisés. 
Kiki, notre guide, nous conduit à Madame Bernard, la principale ville de l’île. C’est à un rythme soutenu que nous parcourons les 6 kilomètres à pied, Lilian en tête, trottinant aux côtés de Kiki et lui racontant la vie sur son bateau et les combats de pokémons.

CASE  CASE2  KIKI  CASE3

Typique et complètement dépaysant, le marché ! Le côté viande dans une cocoteraie où moutons et cochons attendent, vivants, le changement de propriétaires. Les animaux s’achètent vivants car il n’y a aucun moyen de conservation frigorifique. Un cochon vient d’être tué et fumé, des hommes le frottent avec des feuilles de bananiers. Les femmes portent des poulets attachés par les pattes. Le reste du marché grouille ! Divers étals sont à même le sol ou posés sur des morceaux de carton. Fruits et légumes en tout genre. Des réchauds au feu de bois où les femmes cuisinent des plats à emporter. Le marché au charbon, celui des poissons séchés au soleil… Nous n’avons jamais visité l’Afrique mais nous avons vraiment l’impression d’y être !

MARCHE  MARCHE  MARCHE  MARCHE

Les gens nous appellent les « blancs », Elsa et Lilian « ti fantom » car ils sont blonds. Elsa est très mal à l’aise car les adolescentes s’arrêtent pour la dévisager, admirer, voire toucher ses cheveux blonds ! Lilian est imperturbable devant le comportement des enfants passant leurs mains dans ses boucles, il ne pense qu’à jouer avec eux, même s’ils ne parlent pas la même langue!
Notre guide négocie les prix pour nous car les vendeurs essaient tous de nous faire payer le double du tarif. Finalement, nous lui confions nos Gourdes, la monnaie nationale d’Haïti ( 1€ = 50 gourdes) et il fait nos achats seul. Nous achetons un pilon en bois et un casier de pêche tressé pour ramener en France. Nous en offrons un à Kiki (
qui semble ravi) et les assemblons avec son oncle .

CASIER   ENFANTS   ENFANTS

Notre retour au mouillage de Caille-coq s’effectue en bateau pays ! Une barque profonde à voile qui sert au transport de passagers le long de la côte haïtienne.
Roman, le capitaine, nous fait comprendre qu’il aimerait changer sa voile. Nous n’en avons pas mais nous lui donnons de vieux bouts et amarres qui traînent dans notre baille à mouillage. Il est enchanté de pouvoir remplacer ses drisses en polypropylène tressées et assemblées entre elles par des nœuds grossiers. Il nous offre trois noix de coco en échange.

bateau  BATEAU  BATEAU BATEAU


Nous goûtons la « bouf haïtien» au KALIKO BAR, mini restaurant de Jean-jean à une seule table, sa femme nous prépare du lambi  délicieux et du thazard grillé pour 8$ le plat.
Il nous parle de l’association « Nou kapab »  qui a pour but de réaliser pour le village une salle télé-vidéo dans les locaux du restau, afin de permettre aux gens de se détendre le soir. Pour cela, il a besoin de 600€ pou le local, le matériel vidéo et le groupe électrogène. Ginou et Jean-loïc du catamaran Tikaï le soutiennent et assurent la logistique.
Nous sympathisons également avec d’autres équipages français : Françoise et Daniel du cataraman Pénélope, Michel et Annie à bord d’un Gib Sea 28 (8m50).

mouillage

L’île à vache en Haïti, si sauvage mais tellement belle et authentique… Une population démunie mais chaleureuse et accueillante, des paysages à couper le souffle… Une escale inoubliable !!!

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