RETOUR A L ACCUEIL               En route vers Cuba (2012)

            retour au sommaire

1er jour : 100 milles

Nous quittons Providencia le 21 janvier à 8 heures. Le vent est établi à 15 nœuds, la vitesse idéale pour que Galinette file sur l’eau. La mer est un peu agitée (vagues de 3 mètres) mais il nous faut 5 jours pour parcourir 500 milles et rallier Cuba ; la mer ne peut être calme pendant toute cette fenêtre météo. Les conditions doivent s’améliorer demain. Les enfants débutent leurs occupations de navigation (films, jeux vidéo, lecture et une nouveauté : le canevas). Les adultes barrent, règlent les voiles, lisent et dorment. Ils sont assistés par le pilote automatique qui tient la barre les trois quart du temps. Sandra a un peu de mal à s’amariner et son estomac est noué mais tout le monde prend finalement ses marques en 24H.

VAGUES

Le moulinet  siffle, la ligne de pêche se déroule… Nous prenons deux petits thons de 1kg500 qui agrémenteront les repas pensés et préparés à l’avance (salade de riz, croque-monsieur, friands achetés à la boulangerie…). Cela évite la grande cuisine en navigation, car les vagues latérales nous font danser…
La nuit est noire, sans lune. La voilure est réglée au minimum pour ne pas avoir à aller sur le pont de nuit. En effet, sur Galinette, les prises de ris nécessitent un déplacement au pied du mât. Il faut donc réveiller celui qui dort, sécurité oblige.

Nous croisons de nombreux bateaux, de nuit et de jour qui descendent vers Panama. Nous visualisons 80% de ces navires et leur route sur notre VHF grâce à la fonction récepteur AIS (signal d’identification émis par les gros navires).
Les quarts se déroulent ainsi : Sandra se couche en même temps que les enfants vers 20h30. Florent prend son quart jusqu’à 1 heure. Sandra prend la suite jusqu’à 5 heures et part se recoucher pendant deux ou trois heures. Nous déjeunons tous ensemble puis Flo se recouche deux heures dans la matinée.

2ème jour : 115 milles

LEVER

Nous arrivons à la pointe du Honduras. Les fonds remontent et passent de 1000 mètres à 20. Cela crée un courant favorable qui nous pousse vers le nord. Mais la zone de remontée est assez chaotique : les vagues sont désordonnées et de taille variable. On se croirait dans une machine à laver. Heureusement, cela ne dure que deux heures. Sur les fonds de 20 mètres, tout rentre dans l’ordre. La mer se calme. Nous croisons de nombreux bateaux de pêche ancrés au beau milieu de la mer qui attendent le bon moment pour aller remonter leurs casiers. Casiers signalés par une bouée minuscule, à peine visible dans le creux des vagues que nous évitons parfois de justesse. Au crépuscule nous voyons au loin des dizaines de feux signalant ces bateaux. Finalement, leur zone de pêche est restreinte et nous ne serons pas gênés pendant la nuit. Le coucher du soleil est aussi le moment de « l’apéro », comme l’appellent les
enfants.

DANSE

Tous dans le cockpit, nous mettons la musique à fond et les enfants dansent, se mettent au rappel sur leurs harnais en subissant le mouvement des vagues. Nous mangeons ensuite à l’extérieur. La mer s’est bien calmée, le courant est avec nous. Nous sommes amarinés désormais…

APERO   APERO   APERO

3ème jour : 95 milles

Chacun s’occupe… Nous trouvons tous un rythme aux journées qui passent. Il n’y a plus de bateaux. Nous sommes seuls au centre de la mer des Caraïbes. Le pilote barre et nous portons toute la toile. La mer est calme. Vers 10 heures, un voilier vient vers nous. Il nous contacte par VHF. C’est un bateau canadien qui va à Panama. Il est parti de Cayo Largo à Cuba il y a deux jours. Nous échangeons des infos sur les conditions de mer à venir et nous souhaitons bon vent. La soirée se déroule comme la veille : coucher du soleil, apéro dansant et repas.

COUCHER

Un mince croissant de lune se dévoile durant une heure et laisse place à la voûte céleste que l’on ne se lasse pas de contempler durant les quarts de nuit. Cette nuit là, nous croisons de nombreux bateaux. L’AIS sonne toutes les heures, nous signale un cargo que nous voyons déjà mais confirme sa trajectoire. Nous sommes au carrefour de plusieurs grandes routes maritimes et pétroliers, gaziers, porte-conteneurs sillonnent cette zone. Vers 3 heures, Sandra réveille Flo car un bateau très lumineux est juste sur la route. Sous voiles, nous ne pouvons l’éviter que par tribord. Or, ce bateau dérive du même coté. Nous avançons vers lui, tous deux à l’affût du moindre changement de cap de ce mastodonte. L’AIS sonne toutes les minutes nous signalant ce navire. Tout à coup, la VHF grésille en Anglais. Il se présente et nous demande notre identité. C’est un bateau de recherche nommé Atlantis, il nous confirme qu’il nous a en visuel et qu’il est souhaitable que nous ne passions pas dans un périmètre de 2 milles autour de lui, au cas où il devrait effectuer une manœuvre. Nous nous déroutons de deux milles vers l’est et il nous remercie. Au lever du jour, le bateau de recherche que nous voyons toujours ressemble plutôt à un bâtiment de guerre. Au milieu du trafic international, un bateau de l’armée se laissant dériver est peut-être là pour veiller au bon déroulement des choses et contrôler le trafic. Nous ne connaîtrons pas son pavillon...

4ème jour : 97 milles

exocet

Des poissons-volants gisent sur le pont au petit matin, les enfants en profitent pour les étudier sous tous les angles avant de les rejeter à l’eau.

VOILE

Galinette franchit bien les vagues. Nous sommes toujours toutes voiles dehors. Il fait beau temps mais malgré tout, le fond de l’air se rafraîchit. Les sweat-shirts sont de sortie ainsi que les pantalons la nuit. Nous avons progressé de 6 degrés de latitude vers le nord et la température a baissé de quelques degrés. Nous passons trente milles à l’ouest des îles Cayman. Nous avons décidé de continuer pour ne pas casser le rythme de la navigation, de plus, nous n’avons pas le temps de visiter tout le secteur en un an.

Durant la nuit, la clarté de l’île sur tribord nous accompagne.


5ème jour : 85+15 milles

lever

Pendant le lever du soleil, le vent forcit et la mer se creuse. Nous réduisons la voilure... Les fichiers météo (Gribs), pris il y a 5 jours à Providencia, prévoyaient effectivement 25 nœuds à l’approche de Cuba. La cadence accélère. Les derniers milles défilent plus vite que prévu. A la tombée de la nuit, il ne nous reste plus 20 milles à parcourir.

Deux options s’offrent à nous : réduire au maximum la vitesse pour arriver le lendemain matin de jour ou continuer à cette allure et mouiller dans un endroit localisé sur la carte sans cayes ni danger. Il est toujours très frustrant pour des navigateurs de se mettre en attente en réduisant la voilure alors qu’ils font du 6 nœuds. Nous optons pour la seconde option. Vers 1 heure, nous arrivons près de la cote. Nous avançons, guidés uniquement par le sondeur et le GPS qui retransmet la position du bateau sur la cartographie électronique. Il fait nuit noire. Nous tentons un mouillage mais la mer est trop agitée. Nous sommes au milieu de nulle part avec 6 mètres d’eau sous le bateau. C’est intenable ! Nous ne pouvons pas rester. A contre cœur, nous rebroussons chemin pour tourner en rond devant la barrière de corail jusqu’à ce que le jour se lève. Lorsque nous hissons la grand voile, un bruit de déchirure nous alerte ! Un panneau proche de la têtière présente un accroc de 50 cm. Nous affalons et ne renvoyons que le génois. L’interminable attente commence. Sandra reste en surveillance pendant que Flo essaie de dormir puis nous inversons. Nous sommes un peu dégoûtés. Après 5 jours en mer l’arrivée est un moment très attendu ! Nous avons dû tourner durant 5 heures avant de voir Cuba. Le soleil se lève et le paysage se dévoile enfin : de l’eau turquoise transparente et quelques îlets se dessinent à l’horizon. Nous empruntons le canal du Rosario entre Cayo Cantilles et Cayo Rosario. Deux voiliers y sont ancrés ainsi que deux bateaux de pêche. Nous stoppons dans 2m50 d’eau. Nous donnons les consignes aux enfants et allons nous coucher. Une demi-heure plus tard, Elsa réveille sa maman et lui dit qu’il y a un bateau très proche. Sandra, à moitié réveillée, sort dans le cockpit. Un bateau de pêche deux fois plus gros que Galinette nous montre des langoustes.

            Langostas ! Langostas !

            -Cuanto se vale ?

            -No dinero ! Cambio ! Rum?

            -No tengo rum. Cerveza?

            -Si! Cuanto langostas?

            -Dos. Cuanto cervezas?

            -Sommos 6 hombres en el barco.

Sandra rentre chercher 6 bières et un litre de lait. Deux hommes venus à la rame avec une barque montent sur la plage arrière. Ils lui donnent 3 énormes langoustes et lui demandent si elle est seule à bord avec les enfants. Cela les inquiète qu’une femme navigue seule. Elle leur explique que le capitaine dort car nous avons navigué toute la nuit.

A son réveil, vers midi, Flo a la surprise de trouver trois belles langoustes cuites au court bouillon trônant au milieu de la table.

Bienvenue à Cuba !!!     

HAUT DE PAGE